Torpilles pilotées et submersibles de poche Allemands ( 1944-45 ):

Ne faisant pas partie de la série des fameuses " armes V ", ces armes-miracles ultramodernes censées renverser le cours des opérations, ces unités très légères de la Kriegsmarine sont apparues néanmoins tardivement, comme un dernier rempart naval aux énormes moyens déployés par les alliés. Avec l'intensification massive de la lutte anti-sous-marine dans l'Atlantique, l'efficacité des U-Bootes classiques - ceux du type VII notamment -, s'amenuisait tout en voyant les pertes augmenter, arrivant à un point de rupture.

Le type de submersible océanique classique avait montré ses limites. Coûteux en hommes, en mazout et en matières premières, ces submersibles n'étaient plus aussi efficaces. On commençait à songer à un production massive d'unités légères, bien plus économique, notamment pour répondre à des objectifs bien localisés. Ces unités furent des centaines produites ( au total plus de 1200 ), et deux types principaux pouvaient êtres distingués :

A- Les submersibles de poche :

Quatre type de " Kleine Unterseeboote " ( KU ) virent successivement le jour. Ils se caractérisaient par un équipage d'un ou deux hommes, une coque classique ou torpedoïde, une propulsion électrique ou mixte essence, deux torpilles, construits par sections préfabriquées. Leur maniement état en principe aisé et leur coque était pressurisée. Il ne s'agissait pas " d'armes jetables " mais bien de submersibles réutilisables. Relativement légers, ils pouvaient êtres transportés par rail voir par avion, et donc opérer depuis de nombreuses zones de défense y compris les grands fleuves. En opérations, ils se montrèrent cependant assez décevants.

1-Molch :

Les " Salamandres " furent les premier submersibles de poche Allemands en service. Ils s'inspiraient de la technologie des torpilles et possédaient une coque cylindrique, hébergeant une énorme batterie Nickel-Cadmium. Cette dernière leur donnait une grande autonomie submergée, mais un rayon d'action de seulement 40 milles marins à 5 nuds. Le pilote était assis derrière la batterie, entre les deux réservoirs de ballasts, complexes à mettre en uvre. D'utilisation côtière, submergée et silencieuse, ils furent dédiés aux opérations spéciales contre les débarquements alliés. Le premier exemplaire ne fut opérationnel qu'en juin 1944 et fut produit par AG Weser à Brême. Amenées dans le sud de la France, 12 unités entrèrent en opération lors de la tentative désespérée de la flottille K-Werband 411 de s'opposer au débarquement en Provence ( opération Anvil-Dragoon). L'échec fut total, avec la perte de 10 unités sur les 12, les deux autres étant plus tard détruits par un bombardement de San Remo. Déployées en Hollande, notamment à Anvers, d'autres Molch tentèrent sans succès de menacer les transports alliés. Il s effectuèrent au total 107 sorties jusqu'en mars 1945, sans enregistrer de succès notable et la plupart des 393 Molch construits allèrent à l'entraînement, un aspect jusque là négligé par les cadres de la Kriegsmarine pour ce type d'unités et qui allait générer de si faibles résultats.

Dimensions 10,8 x 1,8 m
Déplacement 11 tonnes
Motorisation 1 mot. Elect. 13 cv, 4,3/5 nuds surface/plongée
Armement 2 torpilles G7e 533 mm.
Equipage 1

2-Biber :

Les " Castor " furent créés à partir d'un submersible capturé en Norvège le 22 nov. 1943, le Welman W46, qui tentait alors de faire sauter les portes des cales à sec de Bergen. Ce type de submersible Britannique monoplace, de deux tonnes, fut produit à plus de 100 unités et ne disposait pas de périscope, ni de torpilles. Il devait simplement s'approcher de sa cible et délivrer sa tête explosive de 540 kg. Répliqué de manière satisfaisant à partir de 1944, le Biber fut le second submersible de poche Allemand en service. Contrairement au modèle Anglais assez médiocre, le Biber disposait de deux torpilles standard de 533 mm et d'un périscope, était capable de filer 6 nuds en surface et de parcourir 130 milles marins. Ce furent les chantiers Flenderwerke à Lübeck qui furent chargés de sa production de série, démarrant en mai 1944, après un prototype en mars, et 24 de présérie en avril. Au total 324 unités furent produites, les derniers en décembre 1944. Les raids massifs sur Lübeck et les environs désorganisèrent la production, car le Biber était pré assemblé en trois sections simplement soudées entre elles. La carrière opérationnelle des Biber ne devait pas être significative : En dehors du cargo Alan A. Dale, envoyé par le fond en 1944, le tonnage coulé ne fut que de 4910 tonnes. Les Biber n'inquiétèrent jamais les lignes de communication alliées notamment au niveau des têtes de pont du débarquement. Quand aux Biber II et III futures biplaces, ils ne dépassèrent jamais le stade de la planche à dessin.

Dimensions 10,4 x 1,6 m
Déplacement 6,3 tonnes
Motorisation 1 mot. Opel Blitz 32 cv, Elect. 13 cv, 6,5/5,3 nuds surface/plongée
Armement 2 torpilles G7e 533 mm.
Equipage 1

3-Hecht :

Les " Brochets " étaient au départ conçus pour déposer une charge explosive à retardement sur le flanc d'un navire à l'ancre, rôle confié chez les Britanniques à leurs unités du type Welman et X, et remontant aux expérimentations de Fulton et de même de Bushnell au XVIIIe siècle. Ce genre de " mission-suicide " reste éminemment aléatoire. Et de fait, ces unités triplaces à la coque cylindrique, dont la partie avant ( mine-ventouse de 1000 kgs. ) se détachait, ne furent pratiquement jamais utilisés dans ce rôle, pas plus que ceux emportant des mines magnétiques. On leur greffa donc deux torpilles, mais de manière générale ces unités étaient considérées comme médiocres. Leur rayon d'action se limitait à 78 milles et leur vitesse à 3 nuds, ou 6 submergé, avec 40 milles en plongée. Construits à Germaniawerft à Kiel à partir de mai 1944, 53 unités virent le jour ( numérotées comme U-2111, 2112 et 2113, et U2251-2300 ). Finalement on les utilisa pour l'écolage des équipages de Seehund et Biber.

Dimensions 10,5 x 1,7 m
Déplacement 12,5 tonnes
Motorisation 1 mot. Elect. 13 cv, 5,6/6 nuds surface/plongée
Armement 2 torpilles G7e 533 mm, ou 1 mine.
Equipage 2


4-Seehund ( Type XXVII ):

Les " phoques " ( ou littéralement " chiens de mer " ), furent les derniers, les plus grands et les meilleurs submersibles de poche Allemands. Si 138 unités finalement furent prises en compte par la Kriegsmarine, on prévoyait une série initiale de 1000 unités toutes en service pour janvier 1945. Cette production commença en septembre 1944 pour s'achever en avril 1945. Avec une solide coque soudée par tronçons et des équipements simplifiés et automatisés à l'extrême, on envisagea même d'en confier aux jeunesse Hitlérienne. Il n'en était rien car leur maniement requérait des semaines de pratique pour tout marin. Ils emportaient deux torpilles standard type G7a de 533 mm, pouvaient plonger à 38 mètres, naviguer en surface à 7 nuds même par une mer formée de force 4 sur l'échelle de Beaufort, mais le simple dégagement puissant de leurs torpilles requérait une position stationnaire lors du tir. Biplaces et conçus comme de véritables submersibles à propulsion mixte, ils devaient en principe épauler avec succès les Type XXI et XXIII, quoique limités aux opérations depuis la côte. Quelques 50 unités obtinrent en 1945 une rallonge substantielle de leur cuve à mazout, leur autonomie passant à 300 milles nautiques ( 550 km ).

Au final, ces unités coulèrent 8 navires alliés pour un total de 17 300 tonnes et en endommagèrent 3 autres. Ce fut le meilleur " tableau de chasse " des mini-submersibles Allemands, pour 142 sorties et 32 pertes. Elles opérèrent pour la première fois à partir des bancs de Hollande le 31 décembre 1944 et tout le mois de janvier. La sortie de Kwinte contre un convoi allié se solda par la perte de 16 unités sur les 17 envoyées, la plupart s'échouèrent sur des bancs de sable, d'autres coulés par la RN, d'autres perdus dans le gros temps. Les autres sorties ne furent guère plus heureuses. En février ( et à partir de la fin Janvier ), les unités tentèrent d'entraver le trafic maritime sur la côte sud-est de l'Angleterre, notamment dabs la zone de Ramsgate. Les opérations continuèrent avec un peu plus de succès en mars ( 3 navires coulés ), tandis que les unités basés à Ijmuiden en Norvège ne tentèrent pratiquement aucune sortie à cause du gros temps. Les derniers opéraient dans le détroit du Danemark en avril 1945. Le 28, toutes les sorties étaient annulées. La plupart des pertes furent imputables aux mauvaises conditions météo et à la trop faible expérience de leurs opérateurs. Beaucoup de Seehund ont étés capturés ou renfloués, et constituent actuellement de belles pièces de musées.

Dimensions 10,9 x 1,7 m
Déplacement 14,9 tonnes
Motorisation 1 mot. Diesel Büssing 60 cv, 1 mot. Elect. 25 cv, 6,5/5,3 nuds surface/plongée
Armement 2 torpilles G7e 533 mm.
Equipage 2


B- Les torpilles pilotées :

Trois types d'engins furent testés durant la guerre, et deux séries furent opérationnelles. Globalement le concept de " porteur de torpille " était réduit à sa plus simple expression puisque la torpille était lancée depuis une autre torpille sommairement aménagée pour permettre un pilotage basique. Il ne s'agissait pas cependant de véritables " torpilles suicides " comme celles utilisées par les Japonais et dans lequel l'opérateur dirigeait la torpille offensive elle-même. Néanmoins ce type d'engins, bien que très économique à produire en masse, se révélait pratiquement inapte en service du fait d'un rayon d'action bien trop réduit. Le " poste de pilotage " était submergé pour permettre un équilibrage de pression, et le pilote était donc casqué, équipé d'un masque, d'un l'attirail respiratoire venant de la Luftwaffe et de la combinaison d'un homme-grenouille. Il lançait sa torpille après avoir consulté des graduations sommaires sur le capot mais manquait totalement de repères de navigation.

1-Neger :

Le " nègre " était une extrapolation du nom de son inventeur, Richard Mohr ( " Maure " en Allemand, qui dirigeait le bureau d'ingénieurs Kleinkampfverbände ). De plus ces torpilles étant invariablement noires, pour des opérations de surface et nocturnes. Ce fut le premier type de torpille porteuse pilotée Allemande. La première était opérationnelle en mars 1944 et 200 allaient suivre. Dotée d'un moteur électrique, elle pouvait naviguer à 3,7 à 4 nuds sur 48 milles marins ( 88 km ). Au pire, vu le caractère rudimentaire et économique de l'engin, son pilote pouvait l'amener à portée puis l'évacuer une fois les batteries vides. ( Revenir à la nage était donc une éventualité ). Le pilote avait une ( relative ) bonne vision entre deux lames, grâce à une bulle en plexiglas. Néanmoins, le masque respirateur provoqua en mission plusieurs morts par asphyxie. L'autre gros point noir était l'incapacité de ces unités à plonger. Leur bulle de cockpit, bien que petite, était encore très visible même de nuit, et par gros temps ce genre d'engin n'était tout simplement pas manoeuvrable. En dépit de ces limitations, on recruta des volontaires pour des missions destinées à porter des coups sévères aux flottes de débarquement.

Les premières interventions eurent lieu devant Anzio, le 20 avril 1944, 30 unités devant attaquer le nord de la tête de pont depuis Torre Vaianica. Ce fut un échec total, seulement 17 furent lancés, perdant leur chemin en route, le commandant de l'escadrille périssant dès le début de l'opération d'une intoxication au CO2. 3 unités furent perdues, toutes les autres s'échouèrent et furent capturés. La seconde mise en uvre commença en juin 1944, dans la nuit du 5 au 6, depuis Villers-sur-mer en baie de Seine et au Nord de Honfleur. Cette fois les 26 unités arrivèrent en vue de leurs objectifs malgré la météo détestable, et coulèrent trois dragueurs de mines ( HMS Cato, Magic et Pylades ) et plusieurs petits transports, et du 7 au 8 juin, le plus beau succès fut d'endommager gravement le croiseur Polonais Dragon, qui fut jugé inapte au service et fut plus tard immergé comme brise-lame du port artificiel, ce qui valut des médailles à deux de ces pilotes. D'autres renoncèrent sans avoir vu l'objectif. Par la suite, peu de sorties furent effectuées, et aucune avec autant de succès.

Dimensions 8 x 0,53 m
Déplacement 2,7 tonnes
Motorisation 1 mot. Elect. 12 cv, 4,2/3,2 nuds surface/plongée
Armement 1 torpille G7e 533 mm.
Equipage 1


2-Marder :

Le Marder tait simplement une extrapolation du Neger. Contrairement au premier, limité à la surface, le Marder pouvait plonger à 40 mètres. Ceci lui permettait d'échapper à un " prédateur " éventuel ou tout simplement au gros temps. 500 unités furent produites, jusqu'en mai 1945. Là encore, les commandes étaient réduites au maximum, seules quelques graduations sur le cockpit et une tige à l'avant du nez permettaient de viser le navire ennemi en vue. Le stress à bord était considérable et beaucoup de pertes furent dues à des causes étrangères au combat : Epuisement physique, désespérance et renoncement, empoisonnement au dioxyde de carbone ou simplement un temps exécrable ( la plupart des volontaires n'étaient même pas des marins ). Leur première sortie fut tentée la nuit du 2-3 août 1944 depuis Houlgate et les 58 Marder coulèrent le destroyer d'escorte HMS Quail, un dragueur de mines, un LST, un liberty-Ship et un autre transport de 7000 tonnes et endommagèrent un croiseur. Cependant la contre-attaque alliée fut vigoureuse et seulement 17 unités rentrèrent à bon port. Ce taux de pertes - qui n'allait pas s'améliorer par la suite - allaient vite faire de ces unités, qui devaient en principe rentrer à leur base après l'action, de véritables " cercueils ", et les volontaires se firent moins nombreux. Une autre action fut tentée les 16-17 août par une attaque de 42 Marder qui s'en prirent au vieux cuirassé Français échoué Courbet ( encaissant deux torpilles, sans grandes conséquences ), et coulant le petit vapeur guide-ballon HMS Fratton et un transport. 26 Marder furent perdus durant cette attaque. Enfin en septembre 1944 une autre " K-Verbänd " de 30 unités s'en prit à la flotte alliée de débarquement. Aucune victoire ne fut enregistrée et en même temps 17 unités furent perdues en mer, les autres qui avaient survécu à la mission et hissées à sec, étant détruites par un bombardement côtier à Vertimiglia.

Dimensions 8,30 x 0,53 m
Déplacement 3 tonnes
Motorisation 1 mot. Elect. 12 cv, 4,2/3,2 nuds surface/plongée
Armement 1 torpille G7e 533 mm.
Equipage 1

3-Hai :
Le " requin " était un modèle très amélioré du Marder, parfois appelé " super-Marder ". Il s'agissait d'un Marder agrandi doté de batteries plus importantes, pour une vitesse de 20 nuds en phase finale d'attaque. Plus long de 2,40 m, il offrait aussi un rayon d'action de 78 km à 3 nuds. Cependant son développement fort long du fait de nombreux problèmes techniques aboutit à l'annulation du programme en avril 1945, qui se termina avec trois prototypes.

C- Autres types de projets de submersibles de poche :

1-Delphin :
Trois prototypes du Dauphin furent produits. Il s'agissait d'un dérivé du Marder, mais avec une coque spécialement étudiée et une batterie plus grosse. Il devait pouvoir filer à 17 nuds au moment de passer à l'attaque. Les trois prototypes furent perdus après le début des essais en janvier 1945.

2-Seeteufel :
Le " diable des mers " était un intéressant concept de " tank submersible " inspiré entre autres des versions spéciales de MAS Italiennes à chenilles en 1917-18. Basiquement il s'agissait d'une unité amphibie capable de rouler au fond de l'eau jusqu'à son objectif avant de lancer ses deux torpilles. Biplace, pesant 35 tonnes, long de 14,2 mètres, c'était l'un des plus fantaisistes projets de submersibles Allemands. L'unique prototype fut volontairement détruit dans son terrain d'essai près de Lübeck au moment de la capitulation Allemande.

3-Schwertval :
" L'Orque " ou SW1 fut un prototype de mini-submersible rapide équipé d'une turbine Walter. Il devait filer 30 nuds pas seulement lors de sa phase d'approche mais de manière permanente tout en étant submergé. Le prototype ne fit que de rares essais ( on connaît les problèmes de ces turbines révolutionnaires ) dans le lac marin de Plöner avant d'être sabordé en mai 1945. Des ingénieurs Britanniques le recherchèrent et le renflouèrent pour une étude détaillée après la guerre.